lundi 10 décembre 2007

I'm Not There, la bo.


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Ces jours-ci, les bandes-son à base de reprises se suivent et ne se ressemblent pas: l'écoute de la b.o. de Across the Universe est une perte de temps, alors que la b.o. d'I'm Not There est un petit bijou. En deux généreux CD, en plus. Le film également fait saliver.

Todd Haynes a rassemblé un cast musical des plus prestigieux: Calexico, Iron & Wine, Ramblin'Jack Elliott, Charlotte Gainsbourg, et, céleste ciel, les Sonic Youth. A solder son âme au diable. Et tout ce beau monde interprète du Dylan, avec un résultat plus ou moins heureux, mais toujours intéressant. Certains s'approprient complètement leur morceau, d'autres se dylanisent, allant jusqu'à adopter un léger nasillement, voire jouer de l'harmonica. Le résultat varie du sublime à l'infâme avec divers degrés d'inventivité. Mais l'exercice est périlleux.

L'âne bâté qui a compilé la b.o. a situé en 2ième position du premier CD le morceau I'm Not There par Sonic Youth, qui, d'emblée, met la barre très haut. Il m'a été très difficile d'arrêter d'appuyer sur le bouton repeat pour laisser leur chance aux 33 autres morceaux.

Les quatre minutes les plus douloureuses de ce coffret, splendide au demeurant, sont dues à l'intervention de Charlotte Gainsbourg (Just Like a Woman) : elle montre des limites techniques (très) vite atteintes, sa voix est en outre difficilement supportable : on perçoit bien plus de bruits de déglutition ou de prises d'air que de chant. Elle réussit d'ailleurs la prouesse de siffler les consonnes non-sibilantes. Le morceau est au demeurant agréable, mais 4'16 de" glups, jssusstss likfe a wswomman hfffff, glup", c'est long, très long, malgré un très joli accompagnement par Calexico.

Qui accompagne d'ailleurs de nombreux artistes : Iron & Wine, son vieil ami, sur Dark Eyes, Charlotte Gainsbourg, vous l'aurez compris, mais aussi Roger McGuinn pour une jolie version de One More Cup of Coffee, agrémentée par quelques cuivres aux couleurs mexicaines par-ci par-là. Choix nettement plus prudent que l'harmonica. Jim James interprète avec eux Going to Acapulco, de manière plus que convaincante.

Les Million Dollar Bashers accompagnent eux aussi un lot d'interprètes. Ce nom m'évoquait un groupe de pop de bas étage, alors qu'il ne rassemble rien moins que des célèbres transfuges de Sonic Youth, Television, Wilco, etc. Les reprises dans lesquels ils figurent méritent amplement le détour (pour peu que vous arriviez à vous arracher de l'écoute de I'm Not There) : ils s'adaptent avec une flexibilité inouïe au style du chanteur(se) qu'ils accompagnent sans pour autant renier leurs origines : on perçoit distinctement des influences télévisuelles ou sonic youthiennes même quand ils font semblant de jouer une chansonnette folk. Epatant.

Ô surprise! Les enchanteurs Glen Hansard et Marketa Irglova sont sur ce disque, avec une charmante reprise de You Ain't Goin' Nowhere. Une erreur de goût : quelques solos d'harmonica. Mais ils sont tellement mignons, ces deux-là, que je suis prête à leur pardonner cet impair sur le champ. Les paroles de la chanson, si vous ne les connaissez pas encore, valent le détour, certains vers évoquent, par une drôle de coïncidence, quelques scènes de Once. D'un point de vue musical, le morceau n'est guère intéressant : ils ont simplement passé la partition à la photocopieuse. Chapeau bas à Ramblin' Jack Elliott qui semble avoir arrêté le temps, et rend ici un touchant hommage au plus célèbre de ses disciples. Et mention spéciale à Antony & the Johnsons, à qui est revenue la difficile tâche d'interpréter Knockin'On Heaven's Door.

Mais je ne peux pas résister plus longtemps, et il me faut parler de la reprise de I'm Not There par Sonic Youth. De grâce, si vous n'avez pas encore écouté ces disques, écoutez en premier la version de Bob Dylan, puis celle de SY. Car je pense que nous sommes en présence d'un de ces rares exemples de reprises dépassant l'original. En effet, la version de Dylan est presque insupportable après celle de SY. Dans leur grande sagesse, les Sonic Youth nous ont épargné la voix criarde de Kim Gordon, Thurston Moore est ainsi au micro. Ils se sont complètement approprié le morceau, qui pourtant reste très dylanien. Un peu comme Glenn Gould, qui ne pouvait s'empêcher de grogner/chantonner au piano, ils ne résistent pas au plaisir de distiller quelques sonic youtheries pendant le morceau : vous entendrez ainsi dans le fond des larsens, des hurlements de guitare égorgée, et autres bruits guère catholiques. Mais ils connaissent pleinement le sens du mot mesure, car malgré toutes ces bizarretés, cela reste indéniablement du dylan. Toujours comme Gould, qui savait à merveille utiliser un tempo un poil trop lent pour créer une sorte de tension latente, les Sonic Youth ont choisi un tempo un peu plus paisible que Dylan, réussissant ainsi à créer cinq minutes de musique étonnamment paisibles et tendues à la fois. Et est-il possible de suffisamment s'extasier sur la voix de Thurston Moore? Qui chante avec un détachement qui rend cette chanson si poignante qu'elle en devient insoutenable*. Si vous n'êtes pas convaincus, filez le voir demain (mardi) au Trabendo. Que dieu (s'il existe) me pardonne de manquer ce concert.

Passer à Dylan est ensuite difficile: le morceau parait un peu fade, et autant Moore réussit parfaitement à rendre le déchirement du narrateur (?) (puisque je vous dis de lire les paroles!?), Dylan semble à la fois très content de lui, je-m'en-foutiste et blasé. N'abandonnant évidemment pas son légendaire timbre nasillard, il va jusqu'à l'exagérer, et pourrait rappeler à un auditeur mal luné les braiements d'un âne cherchant à imiter Bob Dylan. Avec un brin de foin fur la langue. Exaspérant. A la première écoute, il m'a fallu appuyer sur le petit bouton skip. Plus sérieusement, c'est une très belle chanson, sauf écoutée peu de temps après la version de Thurston Moore.

Bref, trente-deux reprises de Dylan, plus ce qui avait longtemps été un bootleg difficile à se procurer: que faut-il dire de plus?

* je suis un heureux membre de l'Ecole qui professe qu'interpréter un morceau avec émotion est le moyen le plus efficace pour le rendre anodin et tarte-à-la-crème. Sauf (rarissime) exception. L'habituel ton monocorde de Dylan en est le parfait exemple


I wanted to write a review of Trees Outside the Academy on this blog. Which I'll probably do in the near future. But in the meanwhile, I came across the I'm Not There soundtrack, and it's been really hard to tear my attention from it. There's really no point writing a full review after the stellar reviews it's already got all over the Internet, but a couple of tracks deserve, in my humble opinion, some more blabber.

Let's get over with the worst first: Just Like a Woman by Charlotte Gainsbourg and Calexico. Admittedly, covering a Dylan song is not an undertaking anybody can achieve convincingly, and she doesn't. Calexico provide a decent accompaniment, but Gainsbourg fails on several levels. Her voice is technically limited, and her delivery leaves to be desired. To make it short, let's say that five minutes of incessant lisping can seem unbearably long.

Thankfully, most of the other covers vary from decent to stellar. Once-lovers will be happy to listen to Glen Hansard and Marketa Irglova's rendition of You Ain't Goin' Nowhere. Which sounds pretty much like a Once OST bonus track.. It's definitely not the best of the covers featured on this album, but it's charming, and Glen Hansard's voice conveys effectively a wide range of emotions.

So, here's a short guide to help you choose the most appropriate track according to your mood.
- the kitsch : All Along the Watchtower, Eddie Vedder.
- the cute: Moonshiner by Bob Forrest
- the young and talented: anything by Marcus Carl Franklin (he's 11!),
- the cool: Stephen Malkmus and The Million Dollar Bashes
- the gritty : Cold Irons Bound by Tom Verlaine and the Million Dollar Bashes
- the historic : Just Like Tom THumb's Blues by Ramblin'Jack Elliott (another Central European Jew, mind you)
- the boring: Jack Johnson, Mama You've Been on My Mind,
- the asthmatic: Sulfjan Stevens with Ring Them Bells
- the inventive: Highway 61, Karen O and The Million Dollar etc.
- the funny: I Wanna Be Your Lover, by Yo La Tengo
- the ridiculous: Just Like a Woman by Charlotte Gainsbourg
- the moving: You Ain't Goin' Nowhere by Glen Hansard and Marketa Irglova.
- the ear-wrenching: Charlotte Gainsbourg on Just Like a Woman,
- the grandiloquent : The Wicked Messenger by the Black Keys
- the quirky : Stuck Inside of Mobile, Cat Power
- the bland: The Times They Are A-changin' by Mason Jennings
- the happy : Going to Acapulco, by Jim James and Calexico
- the i-want-to-sing-it-along: One More Cup of COffee by Roger McQuinn and Calexico
- the exotic: Dark Eyes, Iron & Wine and Calexico,
- the ex-rare-bootleg : Bob sings I'm Not There
- the outworldly-beautiful-song-that-a-few-adjectives-can't-even-begin-to-define : I'm Not There by Sonic Youth, by far better than the original. It happens.

Reminder for my Paris-based readers : Sonic Youth frontman Thurston Moore will be at Trabendo tomorrow (tuesday) night!

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