lundi 2 juillet 2007

L'Orchestre du Chantier, la chroniquette, enfin.


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Orchestre du Chantier, 15 et 16 juin, Eglise ND de Bercy / Chantier.
Direction : Thibault de Barsony
Solistes : Jean Bregnac, Lola Descours*, Luca Mariani, Benoit de Barsony, Sandrine Chatron, et Julien Hervé, accompagnés par l'Orchestre du Chantier, épaulé par des renforts venus d'horizons aussi divers que l'Orchestre de Paris, de groupes de jazz manouches, etc.


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Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber
Les Fleurs du Mal, C. Baudelaire.


Le temps était maussade ce jour-là, tout comme le curé de l'Eglise Notre-Dame de Bercy, désormais réputé pour son naturel désagréable. Les solistes se tenaient d'un côté du porche, les instrumentistes de l'orchestre de l'autre, en attendant la fin de l'office, notre ami prêtre semblant prendre un malin plaisir à repousser l'Ite. Attente entrecoupée de temps à autre par des chuuuts exaspérés lancés par l'acolyte du prêtre. Il est surprenant de penser qu'une fanfare étrange et quelques solistes puissent être plus bruyants que la caserne de pompiers qui jouxte cette église.

Une blague de potache musicien raconte: Deux contrebassistes jouaient Carmen. Après quelques semaines de représentations, l'un d'eux (Bill) prend une demi-journée de congé pour assister à une représentation. De retour dans la fosse, son voisin lui demande son avis. Bill: "Oh! Génial! Figure-toi que quand on joue BOUM-boum-boum-boum, il y a un gars sur scène qui chante une chanson vraiment sympa à propos d'un Toréador".

C'est vrai. Figurez-vous qu'un second violon, même de base, est censé pouvoir :
- jouer toute sa partie (triples croches incluses)
- regarder le chef de temps en temps, notamment quand on peut s'attendre à un cédez, ralentir, accélerer brusquement, ou autre ânerie,
- ne pas sauter quelques lignes de la partition après avoir regardé le chef,
- ne surtout pas écouter ce que jouent les solistes, car cela déconcentre,
- ne pas se laisser distraire par le bruit émis par les cornistes, évidemment assis juste derrière soi,
- toujours compter (les temps, le nombre de mesures, les pages, etc..)
- tourner les pages en quatrième vitesse, ou mieux, les avoir tournées en avance, lors d'une petite pause,
- maîtriser son envie de se gratter le nez, alors qu'il ne reste qu'un demi-soupir avant l'attaque,
- se débrouiller pour ne pas faire valdinguer les partitions lors de la tourne, sinon, les rattraper rapidement d'un coup de pied bien asséné, avant qu'elles n'atterrissent sous la pique d'un violoncelle,
- éviter d'éborgner son voisin avec l'archet,
- éviter de se tromper en comptant les mesures, ce qui pourrait amener à faire une sorte de solo pourri alors que les solistes s'apprêtent à conclure triomphalement leur cadence (c'était moi, le scritch à la fin d'une des cadences du Flûte et Harpe. Mea culpa),
- ne pas éternuer est un plus.

En général, cette pléthore d'activités ne laisse donc pas le temps de se poser des questions existentielles quant à la qualité de la musique produite. Il est par contre intéressant de noter que les retours peuvent être très différents selon l'instrument joué. Le/la flûtiste, jouant quelques portées seulement dans les Weber, et passant les Mozarts assis dans le public, aura en général eu le temps d'apprécier le concert, voir d'évaluer le physique des solistes (pas mal, m'a t'on dit), parfois même de trouver le temps long. Le violoniste (même simple trouffion chez les seconds), déjà bien occupé par la liste de tâches ci-dessus détaillée, n'aura, disons, pas exactement le même vécu. Ce sont des choses que vous saviez probablement déjà, n'est-ce-pas? En ce qui me concerne, c'était la première fois que je voyais un chef de face pendant un concert. Cela méritait un billet sur le blog..

Mes espions dans le public m'ont fait savoir que le concert (ainsi que celui du lendemain, d'ailleurs) avait été très, très bien. Peut-être un jugement un peu partial, mais qu'importe? L'Orchestre du Chantier sera de retour en septembre pour de nouvelles aventures.

* je n'ai toujours pas trouvé de site la concernant, mais on peut lire sur le site de la Gazette du CNR de Paris : "Lola Descours, bassoniste du Département de formation à l’orchestre du CNR de Paris vient de remporter le concours pour le poste de contrebasson à l’Orchestre de Paris. Lola n’a que 19 ans !" Félicitations.

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