mardi 22 mai 2007

L'orchestre national d'Ile-de-France sur un programme "américain"


2 Comms'
Un très beau concert samedi dernier, dans un ancien parc industriel d'Aubervilliers : Copland, D. Ellington, Bernstein et Gershwin par l'Orchestre national d'Ile de France.

J'ai entendu plusieurs fois des remarques comme celle-ci "mais pourquoi tu annonces ce genre de concert sur ton blog?! Cà n'a rien à voir, c'est américain"
Rien? Mais voyez plutôt :
- Copland est d'origine lituanienne par son papa,
- les parents de Gershwin sont tous deux russes, son papa tout droit venu à Brooklyn de Saint-Pétersbourg,
- et Bernstein? Ukrainien, lui. Et le fameux Tony de West Side Story est d'origine polonaise, n'est ce pas?
CQFD. *

Je me frottais les mains à l'idée d'aller voir un concert dans un quartier post-industriel : je m'attendais, je crois, à un hanger délabré, quelques chariots-élevateurs dans un coin, de gigantesques toiles d'araignée surplombant l'orchestre... C'était un cadre beaucoup plus traditionnel, ce samedi. Une gigantesque salle, flambant neuve, dans un grand parc verdoyant. Peut-être un peu trop grande: l'orchestre (pourtant élargi) a du mal à remplir la scène.

Mais du côté "fauteuils", c'est plein à craquer. Un public très varié : c'est en effet un programme plus funky que d'ordinaire, n'est-ce-pas ? Et deux cents "collégiens préalablement préparés" mettent un peu de piquant à coups de gloussements étouffés, de chuuuuts totalement inefficaces et d'applaudissements enthousiastes entre les mouvements. Mais comme le reste de l'audience, ils seront de toute évidence captivés par le programme.

L'Orchestre fait son entrée, en casual saturday. Pantalons et chemises noires pour tout le monde. Un peu comme un banquier en pantalon de velours râpé, non? L'orchestre a embauché des extras pour l'occasion : deux fois plus de cuivres que d'ordinaire, et de nombreuses percussions que l'on ne croise que rarement dans un orchestre symphonique. Et des nouveautés: des saxophones de toutes les tailles, des trombonistes et des trompettistes de jazz, du banjo (un banjiste? un banjoniste?), etc..

Le chef débarque : un magnifique black que je pensais tout droit venu d'un club de jazz de Manhattan. Mais non, monsieur est anglais, organiste résident à Manchester. C'est lui qui occupe d'ailleurs la place la plus enviable : alors que l'audience et une bonne partie de l'orchestre, entraînés par la musique, (Rhapsody in Blue, çà swingue que le diable, rappelez-vous) trépigne, se contentant d'agiter orteils et genoux, le chef, W. Marshall, peut esquisser quelques pas de danses entre les solos sur le piano, et son activité de chef. Il parait que quand ses mains sont occupées au piano, il dirige en roulant des yeux, ce qui lui donne un air féroce, un peu ridicule aussi.
Il existe plusieurs orchestrations de Rhapsody in Blue, je ne sais pas laquelle a été jouée samedi, il aurait fallu compter les instruments, j'étais trop loin, et je ne suis pas fichue de distinguer un cuivre d'un autre. Mais de nombreux instruments sont venus grossir les rangs de l'orchestre : un banjo, des saxophones, des percussions nombreuses et variées (il y avait un gong, et même une batterie, là-bas derrière les contrebasses), un contrebasson etc...

Ceci a donc donné un son bien particulier, plus boisé et plus cuivré que d'ordinaire.. Mes cordes bien-aimées ont essentiellement fait de la figuration dans les deux premières oeuvres (Rhapsody in Blue, et Harlem). Etait-ce du à l'orchestration ou à l'accoustique de la salle? Probablement les deux. (schéma ci-contre). Toujours est-il que çà avait beau cavaler sur le manche et tirer-pousser à qui mieux mieux, je n'ai pas entendu la moindre triple croche. C'est le jour où les cuivres et les bois, las de laisser le devant de la scène aux cordes, prennent leur revanche.

Entracte - dégourdissement de jambes, exploration de la salle. Il reste des places libres au troisième rang, à côté des contrebasses. Hourrah. Avec vue sur les altistes et les violonistes. Et peut-être pourra t'on même entendre quelque chose?

On pourrait se croire membre de l'orchestre, dans ce fauteuil, à quelques pas seulement des violoncelles et des contrebasses. Aucun problème d'accoustique, on entend parfaitement les cordes, les vents, les percus. Un pur bonheur.

L'orchestre revient : la deuxième partie commence avec du Copland. Je n'avais jamais entendu son nom auparavant, il s'agit pourtant d'un gros bonnet de la musique américaine du XXième : grand pote de Bernstein, élève de Nadia Boulanger (cocorico!). Oscarisé pour la musique de The Heiress, bénéficiaire d'un prix Pulitzer musical (?!). Les Three Latin-american Sketches sont absolument éblouissantes. Cà m'a rappelé Kodaly. Et je ne saurais pas trop dire pourquoi. Peut-être car les thèmes sont très simples, comme des thèmes populaires seuls peuvent l'être, et l'orchestration rend le tout un rien dissonnant, le tout restant pourtant profondément mélodique. D'autres spectateurs ont trouvé ces morceaux un peu pâlichons à côté du reste : plutôt que de changer d'avis, je préfère attribuer ceci au caractère plus contemplatif de cette pièce, un peu déboussolant entre des pièces aussi énergétiques que Rhapsody in Blue ou West Side Story. Et les cordes? Elles ont brillé. Pour mon plus grand bonheur.

Et puis le morceau d'anniversaire : c'est en effet les cinquante ans de West Side Story, qui porte très bien son âge. Les membres de l'orchestre, qui reviennent pourtant sur scène la mine un peu tristounette, vont se faire plaisir : les violoncellistes sont chargés du pupitre 'claquements de doigts', en plus de leur rôle de violoncelliste, les bois vont chanter (sisisi!), un des deux bassons va danser, les percussionnistes vont battre des mains, et le premier alto aura un solo. Une orchestration hors du commun, vous dis-je.
Cette version, sous formes de danses symphoniques, composée d'un prologue, d'un somewhere, d'un cool fugue et même d'un rumble, mérite amplement un billet consacré à elle toute seule. Cela viendra dès que je me serai procuré un enregistrement.
Qu'il vous suffise de savoir que personne dans l'audience n'a moufté pendant une demi-heure, que la moitié des musiciens se sont dandinés en rythme en prenant un plaisir sans mélange, si, si, on vous a vu.. J'avais eu un peu peur, qu'un orchestre symphonique ne soit pas capable de jouer ce genre de pièce, que ce soit au final trop propre, trop lisse : j'avais (heureusement) tort. Bien au contraire, c'était sombre à souhait, presque laid dans les moments dramatiques, mélancolique (c'est normal, c'était un solo d'alto..) à d'autres, mais surtout plein d'énergie. J'en ai oublié de respirer pendant quelques mesures..

Un gros, très gros reproche toutefois : mais ils ne donnent jamais de bis ?!?

Et on pourra même les retrouver jeudi, pour un oratorio arménien. La programmation de cet orchestre est géniale...

* la musique américaine est donc 100% judéo-slave, comme nous l'avions déjà prouvé par a+b lors du premier jeu-concours...

2 Comms':

{ Pierre } at: 24 mai 2007 à 22:46 a dit…

En tant que membre du pupitre de contrebasses de l’orchestre, Merci !
Nous ne devions pas être loin l'un de l'autre et ce moment partagé avec vous, tout particulièrement dans ce genre de salle, reste pour moi la motivation essentielle de mon métier.
Le musicien joue, le public écoute et entre eux, la musique les unit.

{ Klari } at: 25 mai 2007 à 10:19 a dit…

Merci d'être passé, et d'avoir laissé un petit mot!
Contente de lire que vous conservez votre amour de la musique : j'ai eu l'occasion de rencontrer des musiciens dont l'enthousiasme s'était émoussé à la longue. Comme dans n'importe quelle autre profession, je suppose, le quotidien peut démotiver plus d'un ?
A bientot pour d'autres concerts de l'orchestre!

PS: Vous n'auriez pas envie de prêter main-forte à un orchestre amateur très sympathique qui donne un concert très (trop!) bientôt?

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