jeudi 5 avril 2007

Badila au Satellit-Café


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ou comment tomber sur un K5* par hasard..

J'avais repéré le concert de Badila au Satellit-Café dès la semaine dernière, mais j'hésitais : certes il y avait tous les mots-magiques dans le descriptif du concert : Inde, Perse, Qawwali, NFAK, Rumi, mais il y avait aussi Trans Oriental Sufi Groove. Ce qui évoquait plutôt pour moi un chanteur enroué essayant lamentablement d'imiter Abida Parveen sur un fonds de boîte à rythme agrémenté de quelques tzouing de sitar ..

Mais c'est que je me fourrais le doigt dans l'oeil jusqu'au coude!

J'ai tout d'abord eu l'agréable surprise de m'apercevoir que je connaissais de vue et d'oreille deux des musiciens du groupe, au concert desquels on avait assisté en janvier au Café-Djam avec des lecteurs de la première heure (et pour certains, rédacteurs, désormais) du klariscope : un joueur de ney (flûte) et un joueur de tar**. Ils étaient accompagnés ce soir de trois autres musiciens : deux percussionnistes français, ainsi qu'un vocaliste indien, du Rajasthan, s'accompagnant à l'harmonium.

Sachez que je m'étais équipée d'un ami iranien afin de pouvoir vous proposer une traduction des textes chantés. Mais ce n'était pas le bon persan. C'est trop septentrional, trop citadin, trop parlé, littéraire ou trop chanté. La traduction? Une autre fois. Ou demandez tout simplement de l'aide à votre voisin: le public était en effet majoritairement iranien ou affilié. Yep, il n'y avait guère de blondinets, ce soir. Essentiellement de jolies brunes et de beaux ténébreux.

Ce que je reproche en général à la fusion, c'est le recours un peu trop fréquent au copier-coller. On joue quelques mesures à l'indienne, puis, à ton tour maintenant: quelques mesures à la persane, et ainsi de suite.. Jusqu'à la fin du premier set, en tout cas, même si j'ai cru repérer de nombreuses influences, je n'ai pas ressenti ce fameux effet Ctrl+C/Ctrl+V. La comparaison qui me semble la plus appropriée serait la suivante :
Munissez-vous d'une palette de peinture (le modèle de base en plastique conviendra très bien), et de quelques tubes de gouache (trois ou quatre couleurs de base, assez contrastées).
Déposons sur la palette une noisette ou deux de chaque couleur. Maintenant, essayons de mélanger le tout :
1/ on ne mélange pratiquement pas. de grands aplats contrastés sans aucun effort de transition ou de mélange. En peinture c'est peut-être très bien (Gauguin?), musicalement, bof.
2/ on réalise un magnifique dégradé industriel, parfaitement régulier, allant gentiment du mauve à l'orange en passant par toutes les nuances de rose bonbon que vous souhaitez. Beurk.
3/ on amorce un mélange en laissant des traînées de couleurs qui s'entremêlent les unes dans l'autres, le contraste parfois mis en valeur, ou adouci par des petites touches d'autres couleurs. Ne jamais trop mélanger! Garder un aspect un poil brouillon, spontané!
Et maintenant, remplaçons couleur par influence musicale, traînées de couleur par changement de tonalité en douceur (ou pas), touches d'autres couleurs par entrées des percussions, par exemple..Ce soir, on était en plein "3". Fa-bu-leux.

J'aimerais consacrer un paragraphe à m'extasier plus longuement sur le chanteur, Mame Khan Manghaniyar, qui parle anglais avec un accent indien prononcé (i.e. épouvantable) et qui m'a éblouie par sa voix, sa technique, son ou plutôt ses timbres... Comme tous les vocalistes indiens, il place sa voix où il veut : un p'tit falsetto, mademoiselle? un glissando (ou meend) sur une demi-octave, monsieur? un p'tit sargam? des ornementations dans l'aigu? dans le grave? A votre service. C'est impressionnant en soi, mais quand en plus la voix est belle.. Du caramel fondant. Et à l'indienne, il ne chante pas seulement avec ses cordes vocales, mais avec tout son corps, et en particulier les mains, qui dessinent les phrases musicales en même temps que le chanteur les improvise (tout en jouant de l'harmonium et en actionnant le soufflet du même harmonium, ce qui relève de l'exploit!).

Et un autre paragraphe pour m'extasier sur la flûte. C'est évident que ce n'est pas du simple O2 qui passe dans ce type de flûte. C'est (au moins) le souffle de l'impitoyable destinée, de l'histoire en marche. C'est le genre de son qu'on s'attend à entendre en pleine jungle, chez l'ami Brando en train de devenir gentiment cinglé, ou dans la Rome antique, ou plus précisément dans la Rome télévisée, quand Brutus arpente, l'air troublé, les rues de la ville, déchiré entre le devoir filial et la loyauté à la République..La Flûte!

La deuxième partie a été consacrée à des tubes du répertoire, où les instruments non concernés se faisaient plus discrets : Mast Qalandar (l'aigle fou qui danse?) en hommage à Lal Shahbaz Qalandar, un des grands poètes du soufisme, que je vous propose d'écouter ici, mais vous pouvez aussi écouter la version de Badila sur leur site. Puis une chanson du nord de l'Iran, à laquelle je ne fournirai donc pas de traduction. Officiellement intitulée Danse du riz***, que je vous propose de renommer Complainte du riz ici et maintenant. Dédiée à la soeur du flûtiste, qui enseigne la musique persane, et en particulier le daf, et le santoor au Koweit. Bigre.

Le petit point noir : l'agencement de la salle du Satellit-Café, où les piliers sont soigneusement disposés afin d'empêcher le plus grand nombre possible de gens de voir quoi que ce soit..
Le petit plus : j'ai enquêté pour pouvoir vous proposer encore plus de concerts pour ce week-end!


*K: ah mouais, pourquoi pas?
KK: chouette! KKKK: excellent! il faut y aller ! j'avais envie de les voir depuis longtemps. KKKKK : concert du siècle. à ne pas manquer. K? : çà peut être génial, ou atroce. A voir. -K : calamiteux. Vous y laisseriez vos oreilles.
** tar: cordes. il s'agit donc d'un instrument à cordes. plus de détails ici.
*** sans certitudes.

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